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TITRES DE NOTABILITE A BANGOU: Les villages bamilékés en général et Bangou en particulier sont des sociétés féodales ouvertes aux valeurs démocratiques. Ainsi, la promotion sociale s'effectue par admission dans l'une ou l'autre des multiples conseils de notables. Ils sont nommés.....Lire l'article 30/10/2007

 

 

 

 

 

LES TITRES DE NOTABILITE A BANGOU

 

 

SOMMAIRE

Introduction

I – Etude des titres de notabilité

 

A – Origine des titres de notabilité

 

  • La stratification de la société
  • L’honneur ou le respect
  • La peur et la méfiance

 

B – La signification des titres de notabilité
C – Les conditions d’acquisition des titres à BANGOU
D – L’échelle hiérarchique des titres de notabilité
1 – Classe a – Les gouvernants
2 – Classe b – Les hommes d’honneur

II – Le rôle des titres de notabilité

A – Les attributions classiques des notables
1 – Les fonctions politiques des notables
2 – La fonction administrative des notables
3 – La fonction juridictionnellle des notables
B – Le rôle des notables aujourd’hui
1 – Le rôle des notables au village
2 – La contribution des notables dans les villes

 

III – L’adaptation des titres de notabilité à l’évolution de la société

A – Les facteurs atténuant le rôle classique des notables
B – Les propositions
1 – Sur les conditions d’acquisition des titres de notabilité
2 – Sur la succession des notables BANGOU
3 – Sur l’établissement d’une liste de notable
4 – Sur la sanction

 

Dans toutes les sociétés, le phénomène de la hiérarchie existe. Cependant, les critères pour l’établir divergent d’un cadre à l’autre. Chez les insectes, la hiérarchie est basée sur la taille. Le plus gros est le plus grand ; ainsi, la reine est la plus grande. Dans la société animale, le plus fort est le plus grand. C’est à cette vérité que dans le poulailler le plus fort est celui qui occupe le sommet du perchoir. Dans l’eau, le poisson le plus fort c’est celui qui occupe la plus grande partie de l’aquarium et possède le plus grand nombre de femelles.

 

Au village Bangou et comme dans toutes les sociétés politiques, la hiérarchie se traduit par la capacité de donner des ordres et se faire obéir : c’est le pouvoir. Les détenteurs de ce pouvoir, bien qu’ils émettent tous des décisions, n’ont pas le même rang, ils se particularisent par des titres de notabilité. De par le nombre de notables Bangou basés au village ou dans les villes, l’importance de ces titres nobiliaires dans notre tradition, l’évolution de la société entraînant celle des cultures, tout fils de cette tribu se pose ou devrait se poser des questions. C’est pour répondre à bon nombre d’entre elles que nous avons jugé nécessaire d’axer notre réflexion aujourd’hui sur les titres nobiliaires à Bangou.

 

Pour ce faire, nous verrons dans un premier temps ce que sont les titres de notabilité (I) ; dans un deuxième temps nous ferons ressortir à travers les titres nobiliaires une tradition que certains voudraient bien oublier (II) ; dans un troisième temps, nous montrerons qu’avec l’évolution de la société, il y’a en quelque sorte transcendance des considérations de ces titres (III). Nous  donnerons en fin de compte nos impressions personnelles.

 

I – ETUDE DES TITRES DE NOTABILITE A BANGOU

Pour mieux comprendre ce que sont les titres nobiliaires, nous allons étudier où analyser tour à tour leurs origines (A), leurs significations (B), leurs conditions d’acquisitions (C) et leur échelle hiérarchique (D).

A – Origine des titres de notabilité

Poser la question de savoir quand sont nés les titres de notabilité c’est demander depuis quel moment est né le système selon lequel une personne doit décider et l’autre doit subir. Sans nous verser dans un débat purement philosophique et sans issue, nous nous contenterons des discussions que nous avons eues avec nos parents. Il se dégage de leur différent point de vue trois grandes idées qui expliquent l’origine des titres de notabilité : la stratification de la société (1), l’honneur (2), la méfiance et la peur (3).

 

  • La stratification de la société

Comme beaucoup d’autres villages Bamiléké, la société par classes de dignitaires n’ont pas échappé aux peuples BANGOU. Il s’ensuit que si nous éliminons les autres critères de la hiérarchie sociale (âge, appartenance à certaines familles, etc.…), ne retenant que le seul critère du pouvoir, la stratification existe dans le but d’éviter l’anarchie. Il ya un centre de décisions qui est la plus grande chefferie ; ensuite i y a des petits chefs installés dans les différents degrés d’influence dans le village. A toutes ces catégories de personnes correspondent les titres de notabilité pour les distinguer les uns des autres et du centre (chefferie). Toutes ces catégories de notables assurent le relais et parfois détiennent une parcelle de pouvoir qu’ils exercent eux-mêmes.

 

       2 – L’honneur ou le respect

Selon beaucoup de villageois, l’honneur est à l’origine de multiples titres nobiliaires que l’on rencontre dans le village Bangou de nos jours. Dans le village, les hommes dynamiques qui ont brillé par leurs prestations d’une manière ou d’une autre méritent d’être respectés par les autres. Il en est de même pour certaines personnes qui, à partir de certains faits, parfois indépendants même de leur volonté (la bravoure), méritent un certain honneur dans le village.

 

       3 -   La peur et la méfiance

A l’origine des titres de notabilité, il y avait aussi la peur ou la méfiance. Ceci se situe à deux niveaux : d’abord dans la chefferie, puis au niveau de la population toute entière.

 

Dans la chefferie, le chef dispose de «  bouffons » pour lui rendre service. Il peut arriver que l’un de ces derniers devienne de plus en plus influent de manière à inquiéter de temps le maître. Le chef méfiant, et voulant conserver cet homme fort, lui donne un titre nobiliaire et le place quelque part dans le village. C’est pourquoi, on trouve des chefs de quartiers frontaliers du village qui étaient autrefois MWELAH.

C’est une lapalissade qu’il ne peut avoir de chef sans sujets mais dans le village, on a souvent eu des hommes non notables capables d’influencer les décisions du chef ; pour récupérer ce genre d’hommes, le chef a trouvé une stratégie : les responsabiliser en leur donnant des titres nobiliaires.

La naissance des titres nobiliaires s’avère insuffisant, pour comprendre ces derniers, il importe d’étudier d’autres indices qui nous permettrons d’avoir une idée parfaite de ces titres en commençant par leur signification.

 

B – LA SIGNIFICATION DES TITRES DE NOTABILITE

 

A Bangou comme partout en pays Bamiléké, lorsque le chef attribue un titre à une personne, cela traduit toujours quelque chose parfois même complètement ignorée du donateur comme du receveur. Nous verrons ici les différents sens qu’on peut donner aux titres nobiliaires :

 

  • L’ascension à une hiérarchie supérieure  

 

Une personne qui reçoit un titre de notabilité se voit doter de nouveaux avantages. Cela se traduit par l’habilitation à fréquenter certaines sociétés secrètes à la chefferie ; par la nature des décisions qu’elle peut prendre à partir de ce moment et par position par rapport à d’autres notables.

 

  • La récompense  

 

Lorsqu’un fils du village a fait un grand investissement dans son village (œuvres sociales), le chef peut aussi lui donner un titre de notabilité. Cela se traduit aussi comme un encouragement car après un titre nobiliaire, si la personne continue à se faire remarquer positivement, il peut se voir ajouter un nouveau titre à celui qu’il possédant, ou même se voir changer le précédent par un autre titre plus significatif.

 

  • La gratitude

 

Certains titres sont attribués à certaines personnes d’office en vue de reconnaître leurs bienfaits dans le village. C’est ainsi que la mère du chef et le grand-père maternel du chef est respectivement « MEFEU » et « TAFFEU ».

 

  • La nationalisation

 

Si nous prenons le village Bangou comme une nation, nous prendrons en compte son territoire, sa population, son gouvernement et le sentiment de vivre ensemble qui animent sa population. Ainsi, un homme qui vient se construire à Bangou et est étranger peut recevoir au même titre qu’un Bangou pur, un titre de nobiliaire pour son investissement et partant de là il est nationalisé Bangou. Il se trouve ainsi intégré e bénéficie des mêmes avantages que les notables de son rang.

 

  • Le découragement

 

Les titres nobiliaires se donnent à certaines personnes en vue de décourager certains de leur idée qui, concrétisées, nuiraient à la bonne marche des choses dans la société. C’est ainsi que certains MWELAH sont nommés chef de quartier, puis placés à des frontières du village parce qu’ils menacent la sécurité de la chefferie.

 

  • L’aliénation

 

Il arrive qu’on rencontre dans le village des hommes charismatiques, capables d’influencer de manière décisive le comportement de certains villageois. Pour éviter que ces hommes ne constituent des obstacles pour l’exécution des décisions du chef, ils reçoivent des titres et à partir de ce moment, ils changent de camp et encouragent plutôt la population à suivre le grand chef.

 

C – Les conditions d’acquisition des titres à Bangou

 

Depuis des temps immémoriaux, l’attribution des titres de notabilité suit toujours certaines conditions. La liste de celles que nous allons étudier ci-dessous n’est pas exhaustive, nous commenterons les lus connues.

 

  • La succession

 

Dans notre village, la succession est la première condition connue et acceptée par tous. Lorsqu’on hérite d’une personne, on porte son titre. Il y a donc le phénomène de continuation d’utilisation du titre nobiliaire.

 

  • L’appartenance à certaines familles

 

 Certains titres ne peuvent être portés que par des personnes issues d’une certaine famille. C’est le cas de           CHUIPOU, POU’KEP ou MWOUKOH et dans certains cas de SOP, qui sont des titres liés à la famille royale.

 

  • L’accouchement

 

Ceci est commun en pays Bamiléké, le seul fait qu’une femme accouche d’un enfant et qu’il devienne chef confère immédiatement à celle-ci le titre de MEFIEU et au père de cette femme le titre de TAFIEU.

 

  • Le charisme

 

Certaines personnes de par le nombre d’enfants, de par la consistance de leur bien matériel ou de par le rôle mystique qu’ils jouent dans le village, peuvent influencer le comportement de la population, on leur attribue alors des titres nobiliaires.

 

  • L’achat

 

        Il existe des personnes financièrement nantis qui demandent et achètent des titres nobiliaires.

 

  • Les dons à la chefferie

 

Dans le passé ; il y avait des hommes qui donnaient à la chefferie des objets précieux, des femmes, des esclaves     pour acquérir des titres de notabilité.

 

  • L’investissement dans le village

 

        Par suite de gros investissement dans le village (écoles, routes, hôpitaux, églises etc.)

 

  • La vaillance publique

 

 Dans l’armée du village, lorsque son chef remportait plusieurs victoires face aux autres villages, il se voyait    attribuer un titre nobiliaire.

 

  • L’âge

 

        Autrefois, il fallait avoir un certain âge pour prétendre à certains titres de notabilité.

 

  • Le titre de notabilité du père

 

Un titre est donné en fonction de celui du père ; le titre nobiliaire de l’enfant ne doit en aucun cas être supérieur à celui du père.

 

D – L’échelle hiérarchique des titres de notabilité

 

Le classement des notables par ordre hiérarchique pose beaucoup de problèmes. Les difficultés naissent du fait qu’il existe plusieurs critères de classification :

 

Pour certains, il faut les classer en fonction du mode d’acquisition de leurs titres ; pour d’autres, le temps d’acquisition serait valable pour un classement par ancienneté… Dans le cadre de notre développement, nous nous efforcerons d’établir une hiérarchie selon le rôle que joue ou peut jouer chaque notable dans le village. Pour cela, nous allons répartir les notables en trois classes : la classe des gouvernements, la classe des hommes d’honneur et la classe des bouffons.

 

 

 

1 – Classe a  : les gouvernants

 

Dans cette catégorie, nous parlerons de ceux qui dirigent effectivement et de ceux qui participent à la direction du village.

 

  • Fieu

 

C’est l’autorité suprême du village.

 

Il y a le YAHI espace aménagé où les gens se regroupent pour suivre les décisions du chef.

 

Il y’a le TAM NDIEUK : la case de la sonnerie d’alarme et la sonnerie.

 

Le MBOUH : l’avenue par où on passe pour entrer dans la concession.

 

Le FEU POUCK : l’art de triomphe qui se dresse à l’entrée de la chefferie.

 

Le NTCHEUG : maison traditionnelle faite en bambou, toit de paille.

 

Le CHOUO TIIH : maison à trois portes.

 

Le CHOUO PAH : maison à deux portes.

 

Le FOP : Forêt sacrée de la chefferie

 

Le LOUGOU LAH : la pierre du village

 

Les sociétés secrètes etc. ...

 

  • Fieu NTOUH  : Il a tout ce que le fieu a mais c’est un chef vassal.

 

  • Fiu KEP TEK LAH  : Ce sont aussi des chefs mais qui sont intérieurs au grand Fieu et aux Fieu NTOUOH. Tout comme le fieu NTOUOH, leurs espaces de commandements sont réduits.

 

  • CHUIPOU  : C’est l’adjoint du chef, il entre au « la’a kep  » avec le chef.

 

  • ME KEP  : Il a rang de petit chef, il peut arriver qu’il possède tout ce que le chef a, en dehors du Fop.

 

  • MBIEU  : C’est un notable influent de par son investissement au village.

 

  • WEMBA  : C’est un bouffon fort et influent. Le Wembaa est un des titres qui se conquiert de haute lutte.

 

  • NZOOH  : C’est un fils qui fut très fort, très influent dans le village. C’est l’un des titres qui s’acquiert après un certain âge.

 

  • NZAAH  : C’est un ancien qui maîtrise bien les réalités et l’histoire du village. Il a le pouvoir de frapper la terre de la main quand il veut prouver la vérité.

 

  • SAHA  : Chef d’armée importante.

 

2 – Classe b  : Les hommes d’honneur

 

Tous les villageois sont tenus de leur accorder des honneurs de par des faits importants dont ils sont à l’origine   dans le village.

 

  • MEFIEU  : C’est la mère du chef

 

  • TAFIEU  : C’est le grand-père du chef

 

  • MWOUAFIEU  : C’est un frère du chef qui a crée sa concession hors de la chefferie.

 

 

  • SOP  : Tous les princes ont droit à ce titre.

 

  • POKEP  : C’est l’enfant qui est la preuve de la non stérilité du chef ; il doit être conçu au Laa Kep.

 

  • MWOUKOH  : C’est la fille chérie du chef.

 

3 – Classe c  : Les Bouffons du chef

 

  • NZEUFIEU  : C’est le chef de protocole du chef

 

  • TAADIEU  : C’est l’envoyé de mission du chef

 

  • NDIBOU  : Le servant du chef (repas)

 

  • TAABIEU  : Le bouffon le plus ancien

 

  • SOUGACK  : C’est le chef des bouffons (Mwelah Kah)

 

 

Après cette étude d’origine, la signification, les conditions d’acquisition et l’échelle hiérarchique des titres de notabilité à BANGOU, il ne serait pas superflu de connaître le rôle des notables dans notre village.

 

 

II – LE ROLE DES TITRES DE NOTABILITE

 

Chaque société se défini par sa culture et chaque culture n’est valable que lorsque les membres de la société la pratique. En effet, l’attribution des titres de notabilité confère aux bénéficiaires certaines compétences. La question à ce niveau est de savoir si les compétences des notables de nos jours ont la même valeur que dans le passé. Ceci nous conduira à voir le rôle des notables dans le passé (A° et la place qui leur est réservée de nos jours (B).

 

A – Les attributions classiques des notables

 

Dans le passé, tout comme les ministres actuels, les notables exerçaient trois types de fonction : politique (1), administratif (2) et juridictionnel (3).

 

1 – Les fonctions politiques des notables

 

Les notables jouaient les rôles de légitimation des pouvoirs du chef supérieur, de représentation   et de collaborateur.

 

  • La légitimation du pouvoir du chef

 

Le pouvoir de chaque dirigeant, pour être légitimé, doit répondre aux aspirations du peuple. Chaque société, dans sa   culture, définit les critères que doit remplir un pouvoir légitime. C’est ainsi qu’à BANGOU, les chefs doivent être intronisés par les notables.

 

Ils suivent et initient le chef depuis sa désignation comme successeur de son père, durant son séjour au La Kep jusqu’à sa sortie de la période d’initiation. Ils lui livrent tous leurs secrets du village.

 

  • Le rôle de représentation

 Les grands notables (Fieu NTOUOH, Fieu KEP TEKLAH) représentent le chef dans leur quartier respectif. Ils assurent le relais entre le chef supérieur et les populations. Ils peuvent prendre certaines mesures pour exécuter des décisions du chef supérieur. Ils jouent ainsi un rôle administratif.

 

 

 

 

  • Le rôle de collaboration

     

Ils sont la courroie de transmission entre le chef et les peuples. Ils sont les premiers conseillers du chef et l’encadrent pendant ses sorties.

 

2 - La fonction administrative des notables

 

Les grands notables (Fieu NTOUOH, Fieu KEPLAH) ont le pouvoir de prendre des actes de portée générale dans leurs quartiers, par l’attribution des titres de notabilité au niveau du quartier. Ils administrent ainsi leur parcelle de territoire sous l’œil vigilant du chef supérieur à qui ils rendent compte.

 

 

3 – La fonction juridictionnelle des notables

 

Autrefois quand les hommes étaient en conflit ou lorsqu’il y avait un litige, le problème était d’abord porté devant le chef du quartier. Quand la décision du chef du quartier s’avérait insatisfaisante, l’affaire devait être portée à la connaissance du chef supérieur qui statuait en dernier ressort. Même à ce niveau, la contribution de tous les notables était toujours nécessaire car c’était des hommes sages très expérimentés.

 

Il convient de signaler que tout ceci était traditionnel, il n’y avait pas d’exode rural, l’administration européenne n’était pas encore présente ; aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé.

 

B – Le rôle des notables aujourd’hui

 

Aujourd’hui, nous pouvons percevoir le rôle des notables dans deux cadres : au village (1), et dans les villes (2).

 

 

1 – Le rôle des notables au village

 

Les notables sont importants sur plusieurs plans :

 

Du point de vue juridique, il existe beaucoup d’affaires dont les faits sont difficiles à établir dans les juridictions modernes. C’est le cas des pratiques de sorcellerie. Les traditionnels sont réputés pour la pratique des ordalies (ordalies de la tortue, du chien, de la pierre du village etc.…), ce qui leur permet de déduirez la mauvaise graine des bonnes.

 

Ces ordalies permettent aussi de protéger le village de certains méfaits. C’est le cas lorsqu’on enterre le chien devant la population ou lorsqu’on laisse les crachats dans un pot à la chefferie.

 

Les anciens notables sont aussi chargés d’initier les nouveaux dans les sociétés secrètes. Ils sont par ce fait même les gardiens de notre tradition. Ils sont aussi les gardiens des crânes de nos ancêtres.

 

 

2 – La contribution des notables dans les villes

 

Les notables rassemblent et encadrent les ressortissants BANGOU en ville. Ils assurent le relais entre le chef supérieur et les communautés BANGOU des villes. Ils réfléchissent aussi sur les problèmes du développement du village.

 

Malgré tout ce que nous venons de dire du rôle des notables, il faut reconnaître que de nos jours, ce rôle est vraiment atténué et sur la considération poussée des titres de notabilité souffle un vent passéiste. L’adaptation de ces titres à l’évolution de la société se trouve donc être nécessaire.

 

 

III – L’ADAPTATION DES TITRES DE NOTABILITE A L’EVOLUTION DE LA SOCIETE

 

Avec l’évolution de la société, les titres de notabilité tendent à perdre leur valeur, et certains notables sont même parfois considérés comme des freins à la réalisation de certains objectifs ; raisons pour lesquelles il est souhaitable de revoir cet aspect de la culture.

 

 

A – Les facteurs atténuant le rôle classique des notables

 

Nous ferons allusion ici à l’administration moderne, au développement actuel du village, à la montée d’une génération intellectuelle et ambitieuse et à la fermeture d’esprit d’une catégorie de notables.

 

 

 

 

  • La prépondérance de l’administration moderne

     

La puissance du sous-préfet, représentant du Président de la République dans notre village n’est plus à démontrer. Les populations de BANGOU tout comme les autres camerounais sont plus liés par les décisions de l’administration que par les décisions des autorités traditionnelles. Le statut du notable n’est même pas connu de l’administration camerounaise. En matière de justice, la préférence des juridictions modernes par rapport aux tribunaux coutumiers ne fait plus de doute.

 

A partir de ces explications, nous constatons que la contribution des notables aux niveaux des décisions et la justice n’est plus que résiduelle.

 

  • Le développement actuel du village

 

Même si certains refusent de la reconnaître, nous devons comprendre que nous ne sommes plus au temps où le développement d’un village se traduisait par la présence de larges étendues de barrière en bambou bien attaché, par la multitude de cases en briques bien coiffées de paille, par le nombre important de ses notables puis par le goût de donner des ordres et de les voir exécuter.

 

La société BANGOU éprouve de nos jours beaucoup d’autres besoins pour son développement (adduction d’eau, construction d’écoles, d’hôpitaux, de collèges, de constitution de bibliothèque etc.…) les parents doivent comprendre qu’il ne suffit plus de brandir son titre de notabilité pour que tout soit réglé. Il faut agir comme un notable. Le monde est devenu beaucoup plus matérialiste et calculateur. Il faut faire confiance à la nouvelle génération (élites, étudiants, et jeunes etc.…).

 

  • La montée d’une génération intellectuelle et ambitieuse

 

Il faut faire confiance à la nouvelle génération ; génération à laquelle appartient une catégorie de notables ; ceux-là même qui s’efforcent actuellement de réfléchir autrement pour le développement du village. Une génération qui accepte le dialogue, dans laquelle se trouve les notables qui permettent des débats sur les problèmes du village car c’est lorsqu’il y a affrontement d’idées que jaillit la vérité et de bonnes solutions. Il faut des notables doués d’un sens de communication dans un groupe d’hommes et qui prennent en main des situations difficiles. Bref, les notables et la jeune génération doivent être en interaction et travailler la main dans la main.

 

C’est avec amertume que nous constatons que dans les grandes villes, tous les BANGOU sont des notables ; pourtant autrefois, on ne les rencontrait pas à tout bout de champ. Nous sommes même parfois amenés à nous demander s’ils sont de « vrais » notables ou des clandestins.   Car leurs chapeaux disparaissaient quand ils approchaient du village.

 

  • La fermeture d’esprit de certains notables

 

Dans une société où la raison prime, il est inadmissible de continuer à voir une catégorie de personnes admettre que tout ce qu’elles disent sont des vérités absolues sous prétextes qu’elles sont des notables. Ces notables apparaissent comme de véritables freins à l’évolution de la société à cause de leur conformisme. Leurs idées n’étant pas partagées par la majorité, les conséquences se ressentent partout. Soit les jeunes qui constituent la majorité se regroupent dans un cadre qui leur est propice tout en laissant les vieux dans le leur, soit il n’y a pas de réunion des ressortissants BANGOU dans certaines villes.

 

Les notables de cette catégorie doivent comprendre que pour la bonne marche des affaires de BANGOU leur position doit être révisée.

 

 

 

 

B – Les propositions

 

Il faut une meilleure utilisation des titres de notabilité. Il est lamentable de constater que certains grands notables BANGOU domiciliés en ville n’ont pas de concession au village ; très souvent, lorsque leur cadavre arrive au village, c’est sous les bananiers que les gens s’abritent et c’est dans la brousse qu’ils sont enterrés. Voici du reste quelques propositions.

 

 

 

1 – Sur les conditions d’acquisition des titres de notabilité

 

Il est souhaitable que des décisions sous forme d’arrêtés soient publiées donnant d’amples informations sur les conditions d’acquisition des titres et la nature des titres à acquérir.

 

2 – Sur la succession des notables BANGOU

 

La priorité devrait être donnée à la nouvelle génération ; que de la chance soit donnée aux hommes de dialogue et qui s’investissent pour le bien commun ; Ceux-là même qui réfléchissent, agissent et doués de raison.

 

3 – Sur l’établissement d’une liste de notable

 

Pour lutter contre la clandestinité dans l’utilisation des titres, une liste de vrais notables connus de tous les BANGOU serait la bienvenue ; restant à la chefferie, la copie de cette liste pourrait se trouver auprès du représentant du chef (chef de quartier et chef de la communauté BANGOU) dans toutes les villes. Puisque les titres de notabilité sont très convoités, le résultat ne tardera pas à se sentir dans le cadre du développement du village.

 

4 – Sur la sanction des notables

 

La situation de délabrement de certaines concessions, ô combien nombreuses que vit BANGOU actuellement pourrait prouver la justesse de cette idée. Un notable qui a hérité de son père depuis quinze ans et qui laisse sa concession dans la brousse au village sait qu’il porte son titre ; un notable qui brandit son titre pour soutenir des idées tendancieuses de division ou de destruction ; etc.… Nous proposons que les notables qui sont les ministres du chef soient révoqués de la même façon que les ministres d’un président de la République. Ainsi, nous allons observer de la discipline et du respect chez les notables.

 

Arrivée au terme de notre investigation, force est de reconnaître malgré tout la valeur, l’importance et le rôle de nos notables, sinon cela relèverait d’une dénaturation culturelle. Nous sommes et serons toujours BANGOU et il faudra toujours une spécificité culturelle pour nous distinguer des autres. Loin de voir donc les titres de notabilité comme un aspect de la tradition dépassée, il faudrait plutôt les adapter à l’évolution de la société actuelle pour en tirer la meilleure partie. Les propositions que nous nous sommes permises de faire loin d’être exhaustives, ouvrent plutôt l’appétit pour ceux qui voudraient bien apporter leurs contributions sur ce sujet qui revêt un caractère de premier ordre pour notre culture et notre vie en communauté.

 

 

 

 

 

Par Jean Claude NGOUNOU (NKEU POUANIEUP N°12)

Et Pierre François FEWOUO

 

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